La version américaine sur le 11 septembre continue de susciter la méfiance

Le Temps, le 28 février 2008, Caroline Stevan

Six ans et demi après la tragédie, de nombreuses théories circulent encore sur la nature des attentats. Un colloque sur ce thème est organisé ce soir au Forum Meyrin, à Genève. Décryptage d'un phénomène.

Le Pentagone éventré par un missile, les avions vides et télécommandés, les attaques commanditées par Washington ou le Mossad... Six ans et demi après les faits, les attentats du 11 septembre 2001 continuent de susciter de nombreuses interrogations et d'alimenter des rumeurs extravagantes. Livres, documentaires et blogs décortiquent les événements, soulèvent des hypothèses remettant en cause la version officielle.

La projection du film 9/11 Press for Truth a entraîné la création fin janvier en Suisse romande de l'association «Le 11 septembre en question». Le groupe organise ce jeudi soir au Forum Meyrin une conférence intitulée: «Pic pétrolier-11 septembre 2001-Guerre contre le terrorisme: quels sont les liens?» L'occasion de se pencher sur la galaxie des contradicteurs de l'enquête américaine. «Nous sommes des citoyens ordinaires, note Richard Golay, président de l'association. Il y a des scientifiques, des membres d'ONG... En tant qu'ingénieur en matériaux, je me suis beaucoup intéressé aux invraisemblances techniques figurant dans le rapport américain sur les attentats, mais c'est aussi une démarche que nous effectuons en mémoire des victimes, à New York, en Afghanistan et en Irak. Elles ont le droit de savoir.» «Si vraiment ces attaques ont été organisées depuis l'extérieur des Etats-Unis, alors la création d'un tribunal international pour enquêter et juger les responsables devient tout à fait légitime», renchérit Thierry Meyssan, icône de la remise en cause post-11 septembre et auteur de L'effroyable imposture (Editions Carnot). Le fondateur du Réseau Voltaire est qualifié de «théoricien du complot». Il se dit injustement caricaturé.

«Après un événement de cette ampleur, des tas de choses se racontent, rassurantes ou abominables, analyse Véronique Campion-Vincent, sociologue et auteure de La société parano: Théories du complot, menaces et incertitudes (Ed. Payot). Il y a d'abord les petites histoires, les coïncidences miraculeuses, comme cette personne qui se serait jetée des tours et qui aurait survécu. Puis viennent les théories. L'une affirme que les attentats ont été planifiés par les Israéliens car aucun Juif ne se trouvait au World Trade Center ce jour-là. Une autre argue au contraire que ce sont les chauffeurs de taxi - presque tous arabes - qui avaient déserté Manhattan le 11 septembre 2001.»

Contestation géopolitique

Au final, les interprétations oscillent entre des attentats orchestrés par des ennemis extérieurs, mais dont les Etats-Unis auraient eu connaissance, ou une conspiration interne à la première puissance mondiale. «Tout cela témoigne d'une volonté de contestation radicale des rapports de forces internationaux, donc de la politique américaine, largement inspirée par les événements du 11 septembre 2001, relève Antoine Vitkine, coauteur du documentaire Le 11 septembre n'a pas eu lieu. Certains considèrent par ailleurs que les Américains ne peuvent être que bourreaux et en aucun cas victimes. L'éventail va d'une frange mutante de l'extrême gauche à l'extrême droite, prompte à penser que le monde est régi par une série de complots, francs-maçons ou sionistes.» «Si l'on parvient à dégager toute responsabilité d'Al-Qaida dans le 11 septembre, les bombardements sur l'Afghanistan perdent toute pertinence, de même que le changement de politique des Etats occidentaux», poursuit le politologue Emmanuel Taïeb.

Les ratés de l'administration Bush dans la communication post-11 septembre, les lacunes du rapport de la commission d'enquête sur le sujet et surtout les mensonges de Washington concernant la guerre en Irak sont, selon les sceptiques, autant d'éléments rendant plus légitime une méfiance envers la version officielle. «Le fait que tous ces mystères aboutissent à une guerre est un scénario rêvé pour les adeptes des machinations», reconnaît Eric Laurent, lui-même auteur de La face cachée du 11 septembre (Ed. Plon).

Enquête ludique

Si les motifs - ou les motivations - à douter sont nombreux, il peut sembler étonnant qu'ils subsistent avec autant de vigueur des années après les faits; les parlements japonais et européens ont tout récemment été soumis à la question (lire ci-contre). Le 11 septembre, cependant - et l'interprétation qui en est faite - n'en finit pas d'avoir des répercussions sur le monde.

Roland Jacquard, président de l'Observatoire international du terrorisme, voit aussi une dimension ludique à la réinterprétation des événements: «Des architectes, des scientifiques se penchent sur le sujet. Il ne s'agit pas tant de remettre en cause la version américaine que de s'amuser à décortiquer les faits. C'est une construction intellectuelle, un grand jeu planétaire auquel beaucoup veulent participer. Internet aidant, le puzzle est réalimenté en permanence; chaque nouvelle information en déclenche une autre.»




«Nous demandons une nouvelle expertise»


Giulietto Chiesa, député italien au Parlement européen, a organisé mardi à Bruxelles un débat sur le 11 septembre.

Le Temps: Pourquoi cette initiative?

Giulietto Chiesa: La politique européenne est complètement modelée par les intérêts américains. Les Etats-Unis nous ont entraînés dans une guerre qui n'a pas de motivation véritable. La version officielle est fausse et cela se démontre.

Comment?

Il y a des tas d'exemples. Pensez-vous vraiment que la défense aérienne du pays le mieux armé du monde soit incapable d'arrêter quatre avions détournés par un groupe de dilettantes? L'administration Bush a affirmé n'avoir jamais imaginé que des terroristes se serviraient d'avions civils, or une simulation de ce type a été réalisée par l'armée américaine en 1999. Nous n'avons aucune preuve de l'existence de ces 19 pirates. Pourquoi les images de leur embarquement sont-elles invisibles?

Les Etats-Unis seraient donc les organisateurs de ces attentats?

Je ne sais pas. Je pense simplement que ces 19 terroristes n'ont pu agir seuls, il y a forcément eu des alliances et des complicités. La commission d'enquête américaine n'a pas répondu à ces questions, voilà pourquoi nous demandons aujourd'hui une nouvelle expertise, américaine ou internationale, mais indépendante.

Comment a-t-on réagi à Bruxelles?

La salle était pleine, j'ai refusé du monde, mais il n'y avait que six députés. Ce sujet embarrasse.

Que répondez-vous à ceux qui vous taxent d'antiaméricanisme?

C'est une manière de couper court à la discussion. Je ne cesse de critiquer Berlusconi. Suis-je anti-Italien?