Le 11 septembre dans l’ombre d’un doute

Le Temps, le 11 septembre 2010, Caroline Stevan

Près de dix ans après les faits, les attentats de New York et Washington suscitent toujours la polémique. Rencontre avec Richard Golay, qui préside l'association romande «Le 11 septembre en question».

C'est un étonnant tableau de Patrick James Woodroffe. On y voit le château de Gruyères planté sur sa colline, des montagnes en guise de couverture nuageuse et des cumulus ancrés au fond de la mer. «J'aime cette double dimension, le fait qu'on ne sache plus très bien démêler l'envers de l'endroit.» Bienvenue chez Richard Golay, président de l'association «Le 11 septembre en question»*.

Depuis près de trois ans, l'homme s'évertue à mettre au jour les zones d'ombre entourant les événements du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. «C'est un papier publié par le Tages-Anzeiger en 2006 qui a tout déclenché, dit-il. Il cite des professeurs d'université qui doutent de la version officielle, autant dire que ce ne sont pas des écervelés.» Et d'énumérer les éléments qu'il juge troublants: la tour n° 7, effondrée sept heures après les deux autres et d'une manière rappelant les démolitions contrôlées, la découverte de traces d'explosifs dans les kilos de poussière qui jonchaient Ground Zero après les attentats ou encore le livre-témoignage des présidents de la commission américaine d'enquête dénonçant les entraves à leur travail.

«Le 11 septembre 2001 est un moment charnière. Il a entraîné de graves manquements à la démocratie, aux Etats-Unis et ailleurs, provoqué les guerres d'Irak et d'Afghanistan. Cela vaut le coup de se poser quelques questions», estime Richard Golay.

Le quadragénaire assure être mû par la soif de vérité et l'action citoyenne. Il abhorre les accusations d'antiaméricanisme, voire de révisionnisme, maintes fois entendues. Il cite Chomsky, mais récuse l'idée de «théorie du complot»: «C'est un écran de fumée destiné à empêcher les gens de réfléchir. La version officielle affirmant que les attentats ont été téléguidés par Ben Laden depuis les montagnes afghanes est aussi une théorie du complot, non?»

Globalement, la nébuleuse des sceptiques se divise en deux groupes: ceux qui supputent que les attaques ont été planifiées par des ennemis extérieurs et que Washington en avait connaissance, et ceux qui estiment qu'ils sont dus à une conspiration interne. Richard Golay, plutôt bavard, se garde bien d'accuser ou d'émettre des hypothèses, tout au plus pointe-t-il les incohérences. «Il y a eu des mensonges et des dissimulations jusqu'au sommet de l'Etat américain. De là à dire que le Pentagone est derrière tout ça, c'est un raccourci que je ne prendrai pas. Notre association, qui compte une centaine de membres sur le bassin lémanique, soutient simplement les citoyens américains dans leur demande d'une enquête indépendante.»

Ingénieur diplômé de l'EPFL, le Vaudois puise dans son bagage scientifique les outils lui permettant de faire le tri entre les informations qui circulent sur les attentats. Depuis l'adolescence, il se délecte de controverses scientifiques et autres sujets frisant le rationnel. «Je me suis passionné pour l'Atlantide lorsque j'avais 14 ans. J'étais aussi un grand lecteur de Sherlock Holmes. J'aime les enquêtes», raconte le spécialiste en science des matériaux. Au salon, des DVD de Matrix, La Neuvième Porte et du célèbre détective à la pipe témoignent de ce double attrait, qui trouve écho dans les polémiques entourant le 11 septembre.

Sur la page d'accueil du blog qu'il anime pour 24 heures, Richard Golay cite Aristote. «Le doute est le commencement de la sagesse.» Un état d'esprit, donc. Membre des Verts depuis 2004, conseiller communal à Pully, le père de famille a l'habitude de soulever des questions. «Quels que soient les sujets, il doute beaucoup, grattouille, essaie de savoir, note Irène Gardiol, ancienne présidente de la section. Il n'est pas fanatique, mais d'une rigueur scientifique extrême.» L'ingénieur incrédule sait aussi décrocher; il adore le football et la cueillette de champignons. Où il est encore affaire de prospection.

* L'association projette le film «National Security Alert», en présence de son réalisateur, Craig Ranke, mardi 14 septembre à 19 h au Casino de Montbenon, à Lausanne. Il s'ensuivra un débat.

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